
Étape XI
Des noms contre la nuit
À l’étape précédente, nous avons découvert le visage d’un enfant du Pletzl : Milo Adoner.
Ici, ce ne sont plus des visages que nous rencontrons, mais des milliers de noms.
Car derrière chaque nom gravé sur ce mur se cachent une famille, une histoire, une langue, un quartier et une vie interrompue.
Le Mémorial de la Shoah est aujourd’hui le principal lieu de mémoire consacré à l’histoire de la Shoah en France.
Son origine remonte pourtant à une initiative clandestine née pendant la guerre.
Le 28 avril 1943, à Grenoble, Isaac Schneersohn réunit secrètement une quarantaine de responsables juifs venus de toute la France.
Tous partagent la même conviction : il faut conserver les preuves des persécutions en cours. Listes de déportation, ordonnances antisémites, témoignages, photographies, correspondances et documents administratifs sont alors méthodiquement collectés. De cette réunion naît le Centre de documentation juive contemporaine (CDJC).
La démarche est exceptionnelle : alors même que le crime est encore en train de se dérouler, certains pensent déjà à l'écrire, à le documenter et à le transmettre.
Après la Libération, le CDJC joue un rôle majeur dans la constitution des archives de la Shoah en France. Ses collections serviront notamment aux historiens, aux chercheurs et à plusieurs procès de criminels nazis. En 1956, Isaac Schneersohn fait inaugurer sur ce même site le Tombeau du Martyr Juif Inconnu, où seront ensuite recueillies les cendres de victimes des camps et du ghetto de Varsovie.
Le Mémorial de la Shoah actuel, inauguré en 2005, est l’héritier direct de ce travail commencé dans la clandestinité. Son élément le plus impressionnant est sans doute le Mur des Noms sur lequel sont gravés les noms des 76 000 Juifs déportés de France, dont plus de 11 000 enfants. Devant à ce mur, les chiffres cessent d’être abstraits. Chaque nom rappelle une personne : un enfant, un parent, un voisin, un camarade de classe, un habitant du Pletzl.
Parmi ces noms figurent ceux des enfants évoqués à l’étape précédente.
Le Mémorial n'est pas seulement le lieu de mémoire de la persécution : il rappelle aussi que, face à elle, certains choisirent la résistance et la solidarité.
À proximité du Mur des Noms se trouve l’Allée des Justes, consacrée aux femmes et aux hommes qui sauvèrent des Juifs au péril de leur vie.
On y retrouve notamment le nom de Joseph Migneret, le directeur de l’école des Hospitalières-Saint-Gervais.
Grâce à son courage, plusieurs enfants du quartier échappèrent à la déportation.
Le Mémorial réunit ainsi deux mémoires : celle des victimes et celle des Justes qui refusèrent d’être complices.
Comme le chante Jean Ferrat dans Nuit et Brouillard, il ne s’agit pas seulement de se souvenir des morts, nous devons aussi refuser leur disparition dans l’oubli.
Les noms gravés dans la pierre répondent ainsi à la nuit que les nazis avaient voulu imposer.

L'inauguration du Tombeau du Martyr juif inconnu (1956)