
Étape III
De l'atelier à la Résistance
L’ORT est fondée en 1880 à Saint-Pétersbourg, dans l’Empire russe. Son nom « Obshchestvo Remeslenava Truda » signifie « société pour le travail artisanal ».
Son objectif est de permettre aux Juifs pauvres d’acquérir une formation professionnelle afin de sortir de la précarité et des discriminations auxquelles ils sont confrontés.
Après la Première Guerre mondiale, l’organisation devient internationale et s’implante en France en 1921. Dans le Marais, elle forme de nombreux jeunes issus de l’immigration juive d’Europe orientale aux métiers de la mécanique, de l’électricité, du travail du bois ou de la métallurgie.
Pour les familles du Pletzl, ces écoles représentent un immense espoir d’ascension sociale et d’intégration.
Mais pendant l’Occupation, l’histoire de l’ORT rejoint celle de la Résistance.
L’établissement est dirigé par Georges et Ida Lewitz, qui tentent de protéger leurs élèves. L’école sert alors de lieu d’entraide, de refuge et parfois de cache pour des jeunes menacés.
Parmi eux se trouve Wolf Wajsbrot. Élève de l’ORT entre 1939 et 1942, il apprend la mécanique avant de rejoindre les FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’Œuvre Immigrée), le réseau de résistance auquel appartient également Missak Manouchian.
Ces résistants sont souvent étrangers, ouvriers, juifs, arméniens, italiens antifascistes ou républicains espagnols. Beaucoup ne sont pas encore citoyens français. Pourtant, ils choisissent de combattre l’occupant nazi.
En 1944, la propagande placarde dans tout Paris une immense affiche destinée à les présenter comme des criminels étrangers.
L’effet est inverse.
L’Affiche rouge devient l’un des symboles les plus puissants de la Résistance.
Le 21 février 1944, Missak Manouchian et vingt-et-un de ses compagnons sont fusillés au Mont-Valérien.
Wolf Wajsbrot est parmi eux. Il n’a que dix-huit ans.
Après la guerre, l’ORT poursuit sa mission de formation. En français, son acronyme prend la signification de « Organisation Reconstruction Travail ».
Un nom qui prend une résonance particulière après la Shoah : reconstruire des vies, des familles et un avenir.
Cette école raconte ainsi trois histoires à la fois :
- l’émancipation par l’éducation ;
- l’engagement dans la Résistance ;
- la reconstruction du judaïsme français après la guerre.
« Des libérateurs ? La libération par l’armée du crime ! » (1944)
Après l’arrestation du groupe Manouchian, les autorités allemandes et le régime de Vichy placardent cette immense affiche dans tout Paris.
Son objectif est de discréditer la Résistance en présentant les combattants étrangers comme des criminels, des terroristes et des apatrides. Beaucoup sont juifs, immigrés ou réfugiés politiques.
Paradoxalement, cette campagne de propagande produit l’effet inverse : l’Affiche rouge devient l’un des symboles les plus célèbres de la Résistance française.
Parmi les résistants représentés figure Wolf Wajsbrot, ancien élève de l’ORT, fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944 à l’âge de dix-huit ans.

