
Étape IX
Des roses et des épines
Vous voici dans le Jardin des Rosiers – Joseph-Migneret, un lieu discret mais essentiel pour comprendre l’histoire du Pletzl.
La chanson que vous venez d'écouter – interprétée par Pia Colombo, en 1967, sur des paroles de Sylvain Reiner et une musique de Joël Holmès – constitue l’un des premiers grands hommages artistiques au monde disparu du Pletzl après la Shoah.
Sylvain Reiner appartient à cette génération d’intellectuels juifs profondément marqués par la disparition du yiddishland d’Europe orientale. Son œuvre est traversée par les thèmes de la mémoire, de l’exil, des mondes disparus et de la transmission.
Dans cette chanson, le refrain ne désigne plus les fleurs.
Elle évoque les habitants disparus, les adultes et les enfants déportés, et l’effacement progressif d’un univers yiddish autrefois omniprésent dans le quartier.
Joël Holmès, lui aussi issu d’une famille juive d’Europe orientale, compose une mélodie mélancolique qui agit comme une complainte discrète. Ensemble, les deux artistes transforment la rue des Rosiers en véritable paysage mémoriel, bien avant que la mémoire de la Shoah ne soit pleinement reconnue dans l’espace public français.
Le nom de la rue des Rosiers est attesté dès le XIIIᵉ siècle. On raconte qu’il provient des roses trémières qui poussaient autrefois le long de l’enceinte médiévale de Philippe Auguste.
Et justement, dans ce lieu, vous pouvez encore observer les vestiges d’une des tours de cette enceinte.
L’ironie de l’histoire est saisissante : Philippe Auguste est aussi le roi qui ordonna l’expulsion des Juifs du Royaume de France en 1182.
Mais ce sont surtout les tragédies du XXᵉ siècle qui donnent à cet endroit sa charge émotionnelle.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, près de 100 000 Juifs vivent dans le secteur élargi du Marais et de l’Est parisien. Ce qui avait été un refuge devient alors une souricière.
Les plaques commémoratives, visibles tout autour de nous, rappellent les arrestations de l’été 1942.
La rafle du Vel d’Hiv marque une rupture terrible : pour la première fois, les enfants sont arrêtés avec leurs parents.
Comme le chante Pia Colombo, les roses du quartier meurent alors « en été ».
Mais ce lieu raconte aussi une autre histoire : celle d'un sauvetage.
Il porte le nom de Joseph Migneret, directeur de l’école des garçons de la rue des Hospitalières-Saint-Gervais à partir de 1937.
Pendant l’Occupation, il cache des enfants juifs, fournit de faux papiers et aide plusieurs familles à survivre.
Malgré les efforts des enseignants, 165 garçons de son école sont déportés. À la rentrée scolaire de 1943, seuls quatre élèves sont encore présents dans l’établissement.
Reconnu Juste parmi les Nations à titre posthume, Joseph Migneret incarne aujourd’hui le courage de celles et ceux qui refusèrent l’indifférence.
Ce lieu raconte donc à la fois :
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l’enracinement des Juifs dans le Marais ;
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la naissance du Pletzl ;
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la destruction du monde yiddish parisien ;
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mais aussi les gestes de solidarité qui permirent de sauver des vies.
Et lorsque résonne la chanson de Pia Colombo, on comprend que les « roses » dont elle parle sont bien plus que des fleurs.
Le Paris de 1300 : aux origines du Pletzl
Cette reconstitution du Paris des années 1300-1330 permet de situer le quartier juif médiéval à proximité de la rue des Rosiers.
À cette époque, le nom de la rue est déjà attesté et les Juifs sont présents dans ce secteur depuis plusieurs générations, malgré les expulsions successives ordonnées par les rois de France.
Le document permet également de repérer l’enceinte de Philippe Auguste, dont une tour est encore visible dans ce lieu.
Il rappelle que l’histoire du Pletzl ne commence pas avec l’immigration venue d’Europe orientale à la fin du XIXᵉ siècle, mais plonge ses racines dans le Paris médiéval.

Paris sous Philippe Auguste (XIIIᵉ siècle)