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Étape VIII 

Le goût d'un monde disparu

Nous sommes devant l'emplacement de l'ancien restaurant Goldenberg, l'une des adresses les plus célèbres de la rue des Rosiers.

Fondé après la Seconde Guerre mondiale par Jo Goldenberg, l'établissement devient rapidement une véritable institution du Pletzl.

Pendant plusieurs décennies, des générations de Parisiens viennent y découvrir ce que l'on appelle alors le « yiddish tam », le goût yiddish.

On y déguste notamment :

  • du gefilte fish

  • des knishes

  • du foie haché

  • du pastrami

  • du strudel

  • des cornichons aigres-doux et une multitude de mets délicieux.

Mais on vient aussi y retrouver une ambiance, une langue, des souvenirs et une mémoire collective.

Après la Shoah, la cuisine devient en effet l'un des moyens de faire survivre un monde largement détruit.

Les recettes transmettent des gestes, des habitudes familiales, des souvenirs d'enfance et parfois même une géographie disparue.

C'est ce que raconte avec humour la chanson "Gefilte Fish", interprétée par Henri Gerro.

Né en 1919 près de Rovno, dans l'actuelle Ukraine, Henri Gerro appartient à cette génération d'artistes yiddish marquée par la guerre, l'exil et la disparition du monde juif d'Europe orientale.

À première vue, sa chanson semble légère.

Elle parle simplement d'un plat traditionnel à base de poisson farci.

Mais derrière cette recette réapparaît tout un univers :

  • les repas du vendredi soir

  • les grands-mères qui cuisinent

  • les conversations en yiddish

  • les familles réunies autour de la table.

Dans la culture yiddish, on chante parfois les recettes comme on chante les lieux ou les êtres aimés.

Après la Shoah, ces chansons deviennent les traces d'une civilisation en grande partie détruite.

Goldenberg raconte pourtant aussi une autre histoire.

Le 9 août 1982, un commando terroriste attaque le restaurant.

Une grenade est lancée dans la salle avant que les assaillants n'ouvrent le feu.

Le bilan est terrible : six morts et vingt-deux blessés.

Pour de nombreux Juifs français, cet attentat constitue un choc majeur.

Il rappelle que l'antisémitisme meurtrier n'a pas disparu avec la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le lieu devient alors à la fois un symbole de la vie juive parisienne et un lieu de mémoire.

 

Aujourd'hui encore, l'ancien emplacement de Goldenberg demeure l'un des lieux les plus emblématiques du Pletzl.

Il nous rappelle qu'avant d'être associé à une tragédie, ce quartier fut d'abord un lieu de vie, de rencontres, de cuisine et de transmission. 

 

Ce document est un menu de l'ancien restaurant Goldenberg, longtemps considéré comme l'une des institutions du Pletzl.

On y retrouve plusieurs spécialités de la cuisine juive ashkénaze popularisées dans le quartier après la Seconde Guerre mondiale :

Bien plus qu'une simple carte de restaurant, ce menu témoigne de la survie d'un héritage culturel venu d'Europe orientale.

À travers ces recettes se transmettent des souvenirs, des habitudes familiales et une mémoire collective que la Shoah avait tenté d'anéantir.

Comme les chansons yiddish, la cuisine a contribué à préserver une part du monde disparu du yiddishland.

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